L'Epingle vous invite à découvrir

 

"Dans la peau d'une interne en psychiatrie"

 

le livre de Myriam Freret-Hodara, paru en 2023 (Erès)


 

C'est un livre singulier dont la langue sensible et engagée consonne souvent avec notre vocabulaire. Il fait valoir la pratique clinique comme une pratique engagée, pratique à portée de voix et de regard.

Le livre nous a donné envie d'une conversation avec son auteure, qui a gentiment accepté notre invitation.

Nous vous convions à cette rencontre et à prendre part à cet échange avec Madame Myriam Freret-Hodara, psychiatre, et Monsieur Martin Roth, psychiatre, pédopsychiatre et psychanalyste :

Lundi 12 février à 19h30


dans les locaux de l'ASTU, 13A, rue du Hohwald à Strasbourg

Nous continuerons cet échange autour d'un verre.

Au plaisir de vous retrouver !

 


Chers amis de l’Épingle,
 
Une nouvelle année commence qui ne s’annonce pas plus simple que la précédente. Nos actions, modestes mais résolues, n’en ont pas allégé le bagage. Il nous faudra encore voyager chargés. Les années passant, notre détermination ne faiblissant pas, nos actions ne perdant pas en pertinence, on ne saurait dire que notre orientation soit mieux reçue, mieux entendue. Elle semble par endroits plus difficile à faire entendre. Elle ne rencontre cependant pas d’opposition réelle, pas de démenti argumenté. Elle est perçue souvent comme anachronique ou inopportune.
 
C’est à cette « invisibilisation » que nous devons faire face.
 
L’orientation clinique de nos pratiques est délaissée, négligée, absentée des formations aux métiers de la relation sans que cet abandon soit discuté, sans que la raison de cette désertion n’ait jamais été avancée. C’est sans doute que cette raison est à chercher ailleurs que dans les fondements de nos pratiques et dans la construction subtile de leurs objets. On la trouvera à coup sûr dans ce qu’il conviendrait de nommer un fondamentalisme économique qui a mis à mal nos Institutions jusqu’à les rendre obsolètes et les sacrifier sur l’autel du changement, de l’adaptation, de la modernisation : est-il si indécent d’avancer ici que ce sacrifice est sacrifice humain?
 
Oui, nous avons du pain sur la planche. Et ce sera du pain au levain.
 
Belle année à chacun d’entre vous et belle année à l’Épingle.

Paul Masotta


L’Epingle vous convie à : 

 

La projection du film de Didier NION

 

« 17 ans » 

 

Le jeudi 23 novembre à 18H45 à la Maison de l’image, 31 rue Kageneck, 67000 STRASBOURG 

 

La projection sera suivie d’un débat sur ce que nous enseigne la fragilité du parcours de ce jeune homme de 17 ans ainsi que la délicatesse du regard que le réalisateur pose sur lui. 

 

Entrée libre avec plateau

 

Ci-dessous l'affiche du film et le lien vers la bande annonce.


Hommage à Robert Volgringer

Vendredi 25 février 2022 à 18h, à l’Eglise protestante Saint-Pierre-le-Vieux - Strasbourg

 

« Le livre de l’hospitalité » est le titre de l’un des ouvrages d’Edmond JABES, écrivain et poète que Robert affectionnait tant. Il condense dans un même temps ce que Robert nous laisse en héritage : inventer l’hospitalité là où nous sommes. Accueillir l’étranger, se mettre à l’écoute d’une parole singulière et ouvrir « Le livre des questions », autre ouvrage de JABES qui servait de boussole à Robert et dont il parlait avec bonheur.

Nous vous invitons, vendredi 25 février 2022 à 18h, à l’Eglise protestante Saint-Pierre-le-Vieux, 1, Place Saint-Pierre-le-Vieux, à venir rendre hommage à l’action menée par Robert VOLGRINGER, pendant plus de 40 ans, dans le champ de la Protection de l’enfance. Infatigable pèlerin de la défense des plus démunis dont le Visage appelle à notre responsabilité, à la recherche des mots justes qui orientent une pratique éducative, Robert avait comme principe éthique : « d’abord ne pas nuire ». Son engagement à l’Epingle jusqu’à ses derniers jours a été pour nous tous une chance.

En présence de sa famille, la soirée sera traversée par quelques témoignages de professionnels et amis de Robert. Nous partagerons ensuite un verre pour continuer de faire vivre ses engagements et son action dont notre monde pourrait s’inspirer. Nous invitons chacune et chacun à venir à cet hommage avec un récit, un souvenir écrit, une poésie que nous rassemblerons dans un précieux recueil à destination de l’Epingle et de sa famille.

Nous vous remercions de confirmer votre présence avant le vendredi 4 février 2022 à l’adresse mail de l’Epingle : lepingle@laposte.net

Association L’Epingle
Paul MASOTTA


A la recherche du vocabulaire d'une "révolte"

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A la recherche du vocabulaire d'une "révolte"
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                                                                                                                          Par Paul Masotta, Président de l'association l'Epingle

Je doute que l’article des DNA, dans son édition du 4 mars 2021, consacré à l’ESEIS permette à ses lecteurs de se faire une idée, même approximative, de la situation d’une école qu’un « vent de révolte », une « tourmente » agitent.

 

Quelques heureuses réflexions sur une « crise qui existait depuis des années, que la situation sanitaire n’a fait qu’amplifier, sur un problème de fonctionnement et de pédagogie, un problème de fond », sur « un manque de concertation et une désorganisation du dispositif de formation » plantent le décor polémique mais ne sauraient permettre au lecteur de se frayer un chemin critique. Seuls un mince effort d’exposition du problème et une courte juxtaposition des points de vue divergents tiennent lieu d’éléments de compréhension d’une situation qui a conduit une partie non négligeable des étudiants de cette école à créer un « collectif » et a conduit une partie aussi peu négligeable des formateurs en arrêt pour maladie ou à la démission.

 

La seule juxtaposition de points de vue antagonistes ne suffira pas à nous donner une image nette du malaise décrit, pas plus que de ses conséquences sur la vie de tout un secteur éducatif et social qui porte concrètement une part essentielle des politiques sociales.

 

Le lien certainement étroit, direct de la « révolte » ou de la « colère », comme l’article nomme le mouvement des étudiants, le lien étroit, intime de la désespérance des formateurs avec le démantèlement des métiers de l’éducation spécialisée et du travail social est loin d’apparaître dans cet article. Il pointe cependant le bout de son nez dans les propos rapportés du président de l’AFRIS qui s’explique le malaise comme l’effet d’une résistance à « des réformes visiblement difficiles à vivre pour certains d’entre eux (les formateurs) plus habitués aux apprentissages basés sur une « relation directe avec les élèves » qu’au formalisme ». Cette distinction, relation directe / formalisme, qui se présente, pour le moins, comme une tension dans laquelle la dimension de la relation s’efface devant les éléments formels de la formation ou, au pire, y succombe, nous donne une indication parfaitement lisible de ce à quoi s’opposent étudiants et formateurs récalcitrants. Elle nous fait une image nette du « changement » auquel ils résistent, des « réformes » qu’ils refusent.

 

Ce changement qu’ils rejettent a déjà produit nombre de ses effets. Relevons par exemple la réduction à peau de chagrin de la place des formateurs permanents, dont le statut d’enseignant-formateur est de surcroît en voie de disparaître, au profit de tâches d’organisation de la formation, où l’on voit que la relation directe succombe au formalisme ; ajoutons l’inflation du nombre de formateurs vacataires, de plus en plus occasionnels, isolés et instrumentalisés dont les enseignements ne sont plus coordonnés que par des tableaux « formels » : ici encore la dimension relationnelle succombe. Bien d’autres symptômes de la brûlante actualité d’une controverse qui n’a pas encore trouvé, ou qui tarde à reconnaître son vocabulaire devraient être détaillés.

 

Le mépris dont des étudiants et des formateurs se plaignent d’être victimes ne saurait se comprendre par l’inconfort personnel devant la nécessité du formalisme qui bouleverserait les habitudes, mauvaises forcément ici.

 

Dans cette « colère », dans la « tourmente » dont on peut bien, ici ou là, souhaiter qu’elle soit contenue comme la tempête dans le verre d’eau, ne voit-on pas que s’exhale une querelle sur la question éducative et sociale qui a longtemps accompagné, de sa nécessité démocratique, de ses attendus institutionnels, la formation des travailleurs sociaux ? N’y reconnaît-on pas l’appel au maintien d’un questionnement sur le « travail social », sur l’éducation, autant que sur la définition de la place d’une école dans la vie de tout un secteur qui emploie des professionnels qu’il contribue à former ? Ces débats aujourd’hui nous en perdons le vocabulaire et il nous faut le retrouver en grattant le vernis de la novlangue.

 

C’est ce à quoi s’emploie, dans une remarquable intuition, le collectif des étudiants qui réclament une formation exigeante, parce qu’elle donne accès à un métier qu’ils veulent contribuer à définir. Leur intuition les aspire à devenir « gens de mestier », gens de « menester », gens au service : mais gens au service de quoi ? Du ministère et de son formalisme ou bien plutôt au service d’un devoir de protection et de solidarité qui exige, pour sa mise en œuvre, de ne jamais perdre de vue l’émancipation dont ils se font les instruments et qui les obligent ?

 

Leur intuition les porte à considérer que l’objet du travail éducatif et social se rencontre au lieu même de la défaite de l’émancipation, de la déroute de l’autonomie, qui est aussi le lieu d’une faillite institutionnelle. Est-il raisonnable de penser qu’une formation qui serait définie par son formalisme puisse relever le défi audacieux de préparer des professionnels à affronter une tâche aussi délicate qu’impossible à formaliser, qui oblige à une attention soutenue et obstinée à la singularité des situations de fragilité ou de détresse qu’ils rencontrent ? En d’autres termes, est-il pensable qu’une visée d’autonomie puisse être conduite, élaborée par des « agents » qui auraient été privés de cette autonomie, de la capacité de construire, d’élaborer leur pratique au plus près des obstacles concrets qu’ils affrontent ?

 

C’est là l’enjeu de la formation, et partant, c’est dans cet espace que pourrait se définir l’importance d’une école dans la vie du secteur, comme il est convenu de nommer la constellation des associations et des institutions du travail social et de l’éducation spécialisée. Or, ce défi ne peut pas être relevé par un lieu de formation qui ne procèderait pas d’une proximité de l’enseignant et de ses étudiants, proximité marquée du sceau de sa propre parole, de son propre engagement dans la parole. Il ne saurait être assumé sans un enseignement portant haut un dialogisme exigeant et permanent, ni une attention et un accompagnement soutenus de la capacité de l’étudiant, du futur professionnel d’élaborer sa pratique à destination des plus faibles, des laissés pour compte.

 

L’intuition des étudiants et des formateurs qui refusent de se rendre à la présumée puissance de ce nouvel ordre nous conduit aussi à penser que la disparition de l’enseignant-formateur qui a longtemps été le mur porteur de l’école est funeste puisque c’est l’école comme telle qu’elle met à bas. Les nouveaux architectes des formations du social et de l’éducatif peuvent-ils l’ignorer ?

 

                                                                                                                                                                                       Le 8 mars 2021


En écho au texte sur l’école …

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Texte écrit par une éducatrice spécialisée
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          Effectivement quand j'ai lu l'article des DNA, j'ai "souri" en lisant le passage sur les "réformes visiblement difficiles à vivre", les "habitudes" ; comme toujours le refus ou l’opposition sont analysés en termes de résistance au changement d'anciens d'un autre temps rétifs à la modernité...

        Ce qui continue de m'interroger, c'est que le refus dénoncé, comme souvent, permet à ceux qui l'incriminent de masquer le leur, leur refus d'origine, principal, mais jamais assumé, plutôt singé en termes péjoratifs (manque de professionnalisme, de distance, méthodes d'un autre temps...) Or ce refus premier  est bien celui de la relation (ici aux élèves, sur le terrain professionnel ensuite aux personnes que l'on accompagne). Ce refus-là est clairement organisé mais jamais dit comme tel, au contraire, il est défini en termes de progrès. C'est ce qui complique à mon sens la lutte, c'est qu'on perd un temps conséquent à se justifier face aux accusations de passéisme, au lieu d’analyser d’emblée l’origine de l’objet. Mais finalement c'est toujours la dimension relationnelle qui est attaquée et/ou qui succombe, quelle que soit la forme que cela prend.

Le mépris, fréquent aussi, est l'un des moyens souvent déployés.

(je le constate tous les jours dans le cadre de mon activité syndicale : nous voyons arriver des salariés abîmés, qui mettent beaucoup de temps à sortir des ornières dans lesquelles les ont plongées ces pratiques managériales visant à les faire passer pour des salariés incompétents/inadaptés/agressifs/contestataires/... qualificatifs auxquels ils finissent par croire, justement parce qu'ils peinent à définir l'objet de ces critiques, et continuent de penser que l'on peut parler de manière honnête et constructive quel que soit l'interlocuteur)

           Par exemple, devoir de protection, de solidarité, émancipation, autonomie, singularité, engagement dans la parole... sont bien des bases de travail et des principes incontournables que ceux en face nous reprochent comme ceux d'une novlangue (c'est toujours leur seule langue) passée de mode. Ce ne serait que des mots, du vent, de l’idéalisme bas de gamme. C'est en cela que leur novlangue est destructrice aussi : faire passer ce qui nous anime et dont on connaît les effets revitalisants pour du toc, du vieux, de l'erreur d'appréciation dans un monde qui évolue ; en bref, nous resterions bêtement arrimés à une novlangue dépassée qui permet à la leur d'être définie et perçue comme un discours évolué, objectif, rationnel, factuel et incontournable (un peu comme quand on nous parle de la loi du marché : ça ne se discute pas).

          L'élaboration de la pratique, par exemple, induit et nécessite de fait un espace. Là encore, à peu près partout, c'est de cet espace (pour la réflexion, le temps, le retour sur la pratique, et finalement l'espace pour justement se rappeler et pratiquer tous les jours ces notions de  devoir de protection, de solidarité, émancipation, autonomie, singularité, engagement dans la parole...) qu'on prétend nous priver, à l'école comme ailleurs. Et organiser l'absence d'espace, c'est organiser l'assimilation, même par défaut, même malgré soi, de cette novlangue, et l'adaptation à ces nouvelles "pratiques" qui n'en sont plus, par nécessité, finalement (ou pour ne pas se retrouver totalement isolé, en lutte constante, pris dans des contradictions incessantes qui peuvent nous laisser exsangues).

          Donc les nouveaux architectes, ou fossoyeurs, des formations du social et de l'éducatif, ne l'ignorent bien entendu pas du tout, au contraire. Et pour faire face, nous n'avons d'autre choix, sur le terrain, que de maintenir ou recréer cet espace aux multiples dimensions permettant l'élaboration sans cesse renouvelée de la pratique ; condition indispensable à la formation d'abord, mais à la durée de vie dans la profession ensuite aussi. L'engagement dans la parole est cette non-négociable condition de base à une élaboration de la pratique qui permette de garder en vie le mouvement nécessaire vers l'autre que nous accompagnons.

 

 

                                                                                                                         Ecrit par une éducatrice spécialisée, le 12 mars 2021